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Agriculture : Cultiver pour nourrir ou pour rouler ?

18/06/2008
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Fiche pratique n° 21 / 1652
Agriculture : Cultiver pour nourrir ou pour rouler ? Tous les agrocarburants ne sont pas à ranger dans le même sac.©Mylène Netange/Naja Tous les agrocarburants ne représentent pas un danger pour la sécurité alimentaire. Les raisons des émeutes de la faim sont à chercher ailleurs… Gilles Hirzel, représentant français de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) l’a martelé lors de la conférence sur l’Agriculture qui a eu lieu au Salon de l’Environnement et des Métiers Durables (Semd) samedi 14 juin dernier à la Bourse de Paris. « Avant de parler des biocarburants, on devrait parler des « bioénergies . Seule une infime proportion de l’humanité s’inquiète de ce qu’elle va mettre dans son moteur quand 70 % de la population mondiale n’a pas accès à la nourriture » . Or ces 70% là sont des paysans ! Et ce qu’ils mangent, c’est ce qu’ils cuisent. Sans feu, pas de nourriture. Et sans bois, pas de feu. Donc il faut trouver des alternatives au bois de chauffe et à la déforestation à des fins alimentaires. L’alimentation c’est aussi un problème d’énergie ! Pour manger… et pas seulement pour rouler, il faut, au Nord comme au Sud, de l’énergie. L’Europe devra importer l’éthanol Alors où en sont les agriculteurs français avec les objectifs de l’Europe soit 10% d’incorporation de biocarburants en 2020 ? « Moins de 3% de notre surface agricole, hors oléagineux, est consacrée à la betterave (NDR matière première de l’éthanol). Et sur les 3 millions d’hectares en oléagineux, un tiers est planté en colza » (NDR : matière première du biodiesel appelé « diester » en France) chiffrait Pierre Cuypers administrateur de Féderation Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricole (FNSEA) . « Il y a un an, concède-t-il l’agriculture française manquait de débouchés. » De là à imaginer que l’Europe pourra assurer ses besoins, certainement pas. Il lui faudra importer et ceci en priorité du Brésil, premier producteur mondial d’éthanol, par ailleurs premier exportateur mondial de viande et de soja. A ce propos, on rappellera utilement que dans les émeutes de la faim, ce sont des céréales, maïs et blé, qui sont en cause. Denrées alimentaires de première nécessité elles sont également utilisées par les Etats-Unis en tant que matière première pour fabriquer de l’éthanol. Un risque mondial de crise alimentaire Le maïs et le blé, oui… mais pas la canne à sucre qui n’entre pas en concurrence avec la nourriture, ni comme aliment de base (qu’elle n’est pas) ni en terme de surfaces cultivées, même par effet domino ! Il suffit en effet de savoir que 90 % des terres brésiliennes (hors Amazonie) sont encore disponibles pour l’agriculture. Tous les biocarburants ne sont donc pas à mettre dans le même sac. « Avec la jatropha, une plante énergétique qui pousse en milieu aride, le plan Biodiesel brésilien comporte un volet social avec les paysans sans –terre du Nordeste » , soulignait d’ailleurs Jean-Michel Rodrigo réalisateur du documentaire Du sucre et des fleurs dans nos moteurs diffusé en début de conférence . Reste que 21 pays d’Afrique, 10 d’Asie (dont la Chine grande consommatrice de nouilles à base de blé dur), 5 pays d’Amérique Latine ( HaÏti, République Dominicaine, Nicaragua, Equateur, Bolivie) et un pays d’Europe (Moldavie) sont actuellement confrontés à un risque grave de crise alimentaire. Cette menace remet en cause les modèles occidentaux de développement de nos agricultures et leurs circuits de commercialisation. Un problème de protectionnisme des pays du Nord et de dérèglement généralisé qui dépasse la seule problématique des biocarburants. Quand manger une mangue du Mali revient moins cher à un Parisien qu’acheter un kilo de cerises burlats cueillies en Ile de France ! Kakie Roubaud
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