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Copenhague : Lentes négociations en perspective

16/11/2009
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Fiche pratique n° 303 / 1652
Les discussions préparatoires de la conférence internationale sur le climat sont de plus en plus tendues. D’autant plus qu’en période de crise, les Etats rechignent à investir et à aider les pays en voie de développement à lutter contre le changement climatique. Copenhague approche, les esprits s’échauffent. La quasi-totalité des pays de la planète verra se dénouer, du 7 au 18 décembre, date des négociations internationales sur la climat au Danemark, la bataille de chiffres qu’ils se livrent depuis des mois. Moins de 30 jours avant cette échéance, trois blocs de pays s’affrontent, a expliqué Emmanuel Guérin, le 10 novembre, au cours d’une table ronde consacrée au climat et organisée par EuropaNova, la Maison de l’Europe et Sauvons l’Europe. Le coordinateur du programme Climat à l’Iddri distingue ainsi les Etats-Unis –qui ne veulent toujours pas signer le protocole de Kyoto–, l’Europe –qui plaide pour la mise en place d’un instrument juridique unique– et le «G77», un groupement de 140 pays –dont la Chine– qui veut absolument obtenir une deuxième phase du protocole de Kyoto, quelle que soit la décision américaine. «C’est une négociation qui doit être inspirée par les résultats de la science, mais qui laisse une très grande place aux choix politiques», estime le chercheur. Un choix qui doit être fait rapidement, estime la députée européenne verte Sandrine Bélier. «La guerre économique a déjà commencé, dit-elle. A Madagascar, la moitié des terres arables sont louées par la Corée du Sud.» Aucun engagement chiffré européen Elle estime que la «responsabilité éthique et historique» des pays industrialisés revient à «soutenir les pays en développement» dans leur lutte contre le changement climatique, et à «réduire drastiquement leurs propres émissions». «Mais le Conseil européen n’a retenu aucun engagement chiffré lors de la dernière réunion», déplore-t-elle (EurActiv.fr, 02/11/2009). De fait, si les Vingt-Sept se sont bien accordés sur un coût global de 100 milliards d'euros annuels concernant la lutte contre le changement climatique, ils ont refusé de définir à quelle hauteur ils contribuerait à cette somme. La Commission européenne, pour sa part, a proposé que l’UE consacre une enveloppe de 2 à 15 milliards par an. Quant à la commission Environnement du Parlement européen, elle a demandé que l’UE y consacre 30 milliards d’euros annuels. Mais les Etats réunis au Danemark tacheront également de dégager un accord sur la mise en place d’un marché de quotas d’émissions de CO2. «L’avantage des échanges de quotas d’émissions, explique le président du comité changement climatique du Medef, Alain Capmas, c’est que les entreprises peuvent négocier entre elles. Nous demandons à ce que ce système des quotas devienne mondial.» Afin d’éviter la multiplication des «fuites carbone», «le phénomène que les entreprises craignent le plus». Et le représentant des chefs d’entreprise d’expliquer que pour réduire drastiquement leurs émissions, les pays industrialisés, et en particulier la France, ont «beaucoup d’investissements à faire». «Or, aujourd’hui, nous manquons de fonds pour investir», explique-t-il. «Les négociations sont difficiles», admet Laurence Graff, en charge des négociations climatiques au cabinet du commissaire européen à l’Environnement Stavros Dimas. En cause notamment, les difficiles avancées du projet de loi sur le climat au Congrès américain. Mais «le fait qu’Obama aille à Copenhague est une très bonne nouvelle», tempère-t-elle. Si Obama n'était pas là Mais plus le temps passe, et plus le scepticisme sur un accord à Copenhague grandit. Le 3 novembre, alors même que l’Afrique menaçait de cesser toute discussion, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ne cachait plus ses doutes. «Bien sûr, nous n’allons pas obtenir un traité contraignant à part entière du type de Kyoto», avait-il déclaré à des journalistes, déplorant le manque de temps nécessaire pour parvenir à un tel texte (EurActiv.fr, 04/11/2009). « "Pessimiste" et "optimiste" sont deux mots qui n’ont aucun sens dans un contexte géopolitique», tranche Bettina Laville, associée au cabinet Landwell en charge du droit de l’environnement. Cette ancienne conseillère de Brice Lalonde, Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin souligne qu’«une négociation diplomatique, c’est rarement "tout ou rien". » «Imaginez ce que ce serait si Obama n’avait pas été élu président des Etats-Unis», commente-elle. Avant d’ajouter: «Les négociations aboutiront d’une manière ou d’une autre l’année d’après.» La première phase du protocole de Kyoto ne se termine en effet qu’en 2012. Reste qu’avec «tous les pays du monde», la négociation «avance forcément lentement», poursuit-elle. Mais elles avanceraient peut-être un peu plus rapidement si les pays industrialisés prenaient conscience du changement climatique. «L’impact du changement climatique est très faible en France», estime Alain Capmas. D’où un «énorme effort de conviction» à accomplir dans les années à venir. «Dans les bureaux, il est difficile de faire accepter aux gens qu’il faut porter une petite laine l’hiver et avoir un peu plus chaud l’été» pour économiser de l’énergie, déplore-t-il.
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