Accueil - Blog territorial - La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge s'adaptent à l'humanitaire

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge s'adaptent à l'humanitaire

03/05/2016
Imprimer cette fiche
Fiche pratique n° 83 / 1681

Fédération Internationale des Société;s de la Croix Rouge et du Croissant Rouge

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge s'adaptent à l'humanitaire

Le 30 juin a marqué le dernier jour de travail de M. Markku Niskala, 62 ans, Secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. M. Niskala a commencé sa carrière à la Croix-Rouge en qualité de responsable de district pour la Croix-Rouge finlandaise. pendant huit ans, il a gravi régulièrement les échelons au sein de la Société nationale. Il a ensuite été envoyé en Afrique pour une mission de trois ans en tant que représentant de la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ancien nom de la Fédération internationale, d'abord en Zambie, puis en Tanzanie et au Zimbabwe.

Après un passage à la tête du département Europe au Secrétariat de Genève, de 1985 à 1987, il a été rappelé en Afrique australe pour une série de missions, notammenté en Tanzanie, en Zambie, au Zimbabwe et en Éthiopie. En 1988, il est devenu Secrétaire général de la Croix-Rouge finlandaise. Markku Niskala a été nommé Secrétaire général ad interim de la Fédération internationale le 1er juillet 2003 ; il a été nommé à titre permanent en novembre de la même année. À l'aube de son départ, Markku Niskala revient sur ses 38 années au service de l'humanitaire et les cinq annnées passées à la tête du Secrétariat général.

Alors que je m'apprête à quitter mes fonctions de secrétaire général du plus grand réseau humanitaire mondial*, je retire de ces cinq années passionnantes à Genève un sentiment très vif, celui du temps qui s'accélère. A grande vitesse.

Au coeur de la mêlée humanitaire, cette accélération est peut-être plus sensible encore. Au monde d'hier semble succéder celui, bien plus inquiétant, de l'incertitude face à l'avenir, d'un basculement dans l'inconnu. En 5 années, j'ai vu, et vécu de l'intérieur, la montée en fréquence et en intensité des catastrophes naturelles.

Chacun garde en mémoire le tremblement de terre qui a rasé Bam en Iran en 2003, le tsunami en 2004, les dizaines de milliers de morts au Pakistan en 2005 et l'ouragan Katrina aux Etats-Unis la même année.

Ou plus près de nous la Birmanie meurtrie par le cyclone Nârgis, ou le Sichuan en Chine terrassé par un terrible séisme. Mais ces grandes calamités n'ont en fait été que la face visible d'une croissance exponentielle des catastrophes au cours de la décennie passée.

Même si les variations d'une année sur l'autre ne sont pas toujours significatives, la tendance est là : les désastres ont presque doublé en 10 ans, passant d'une moyenne de 230 par an dans la décennie 1988-1997, à 380 dans la décennie 1998-2007.

Et s'ils frappent en priorité les plus vulnérables, personne n'est à l'abri. Autre signe du temps, ce ne sont ni les séismes, ni les inondations qui tuent le plus mais les sécheresses. Sur le plan scientifique, les évidences s'accumulent tendant à dessiner les contours d'une mutation planétaire sous l'effet du changement climatique.

Déjà les signes sont palpables pour des dizaines de millions de personnes, menaçant leurs conditions de vie de façon irréversible. Une spirale se met en place qui, au-delà des catastrophes, traduit une montée des risques et des détresses : le flux des migrations s'intensifie du Sud vers le Nord. Des centres pour réfugiés ou personnes déplacées deviennent les sites urbanisés d'un provisoire qui s'éternise. Pour la première fois, en 2007, le monde a compté plus d'habitants urbains que ruraux. Et le mouvement n'est pas près de se ralentir, créant en marge des villes d'immenses franges de pauvreté et de violence.

Et sur le front de la santé; ? La bataille contre le sida est loin d'être gagnée malgré une mobilisation intense ces dernières années. Des succès notables contre la malaria, la polio ou la rougeole ne peuvent occulter l'apparition de risques majeurs : mutation du virus de la tuberculose, apparition de la malaria à des altitudes plus élevées, le spectre d'épidémies mortelles à commencer par la transmission à l'homme de la grippe aviaire... Et la spirale en devient étourdissante.

L'insécurité alimentaire est revenue ces derniers mois sur le devant de la scène comme un enjeu mondial avec la réapparition en plusieurs coins du globe d'émeutes de la faim. Et au-delà de la sécurité; alimentaire, c'est bien de la sécurité humaine qu'il est question. Le changement climatique semble conjuguer ses effets, et lancer un défi à l'humanité. Les acteurs humanitaires, au contact de la réalité quotidienne de familles les plus démunies, sont aux premières loges pour témoigner de cette montée des périls, sonner l'alerte et proposer des solutions. Car des perspectives existent. Je n'ai cessé, avec d'autres, de les rappeler ces dernières années. Les acteurs humanitaires ne peuvent se limiter à n'être que les pompiers des crises et désastres qui se déclenchent à un rythme croissant. Il devient urgent de réinvestir, massivement, le champ de la prévention, de donner aux communautés les plus exposées les moyens de se prémunir contre les crises, de les anticiper, d'universaliser les systèmes d'alerte précoce, afin de permettre à chacun d'avoir la vie devant soi.

Aujourd'hui, moins de 5 % de l'aide publique est dédiée à la prévention, l'essentiel étant absorbé par la réponse d'urgence. Il faut rééquilibrer ces flux par un effort accru en faveur de la prévention des risques. Pour 1 dollars engagé dans ce domaine, c'est entre quatre et dix dollars d'économisés dans la réponse d'urgence. Les programmes de préparation aux catastrophes soutenus depuis plusieurs années au Mozambique ou au Bengladesh ont permis de sauver des milliers de vie. Un opérateur humanitaire seul, aussi puissant soit-il, ne suffira pas à faire la différence.

Pour obtenir des effets à la hauteur des enjeux, ce sont de véritables alliances qu'il s'agit de sceller, associant acteurs de terrain, agences gouvernementales, secteur privé... L'adaptation devient le maître mot de la mutation en cours. Il devient urgent de coaliser nos forces, de créer de nouveaux mécanismes de synergie entre acteurs globaux afin de créer un impact local à grande échelle. Car c'est au niveau des communautés, des familles, des villages, des quartiers qu'une solution durable peut s'élaborer.

Cette évidence n'a fait que se confirmer au cours des années passées, en liaison avec des millions de volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui, à travers le monde, jour après jour, apportent soutien et réconfort et permettent à des dizaines de millions de personnes de sortir la tête de l'eau et de se projeter dans l'avenir. Ce sont ces volontaires, ces visages croisés, ces énergies sans cesse déployées au service des autres qui me donnent des raisons d'espérer. Et me permettent de quitter mes fonctions avec un sentiment de gratitude et de reconnaissance. Les servir aura été un rare honneur. Face au basculement en cours, le monde, plus que jamais, a besoin d'eux.

* En tant que Secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Le 30 juin a marqué le dernier jour de travail de M. Markku Niskala, 62 ans, Secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

02/07/2008


Copyright © 1995-2018 - www.emploi-collectivites.fr tous droits réservés


Partager cette fiche utile :