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«Déconstruire est plus économique que démolir»

05/04/2009
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Fiche pratique n° 241 / 1697
yprema

Le Grenelle de l’environnement n’a pas oublié les déchets du BTP. La directive cadre déchets fixe d’ailleurs un objectif de 70% de recyclage des déchets de construction et de démolition. Quels sont les freins au recyclage des déchets et à l’utilisation des matériaux recyclés ? Le point avec Alain Le Bihan, chef de secteur de la région Bretagne pour Ypréma, société de recyclage et valorisation des déchets du BTP. * Environnement Un parc éolien refusé en Meurthe-et-Moselle * L'Européen a généré une demi-tonne de déchets en 2007 * Avis d'expert

Batiactu : Qui sont les clients des sites de recyclage des déchets du BTP ?

Alain Le Bihan : Nous avons la chance de travailler avec tout le monde, aussi bien avec le petit artisan que les gros groupes. Ce sont principalement les entreprises construisant des routes, des ouvrages et des bâtiments, ce qui constitue l’essentiel des déchets que nous réceptionnons et valorisons. Nous rececevons également de terres inertes, réutilisés en terrassement. L’intérêt pour les clients, c’est la proximité des sites, mais aussi le fait que le coût est plus intéressant dans un site de recyclage que dans un centre de stockage. Le prix de la reprise des déchets est de 1 à 2 euros la tonne en région. C'est-à-dire environ 50% moins cher que le stockage. La majorité des clients apportent des matériaux sur les sites de recyclage car ils ont aussi la possibilité d’y recharger leurs camions en produits finis, on appelle ça le «double fret» : ils économisent aussi en coût de transport.

Batiactu : Quels sont les freins à l’utilisation de matériaux recyclés sur les chantiers ?

Alain Le Bihan : Ce n’est pas un problème de coût, car le prix de vente des matériaux issus du recyclage est sensiblement le même que celui des autres matériaux. Le frein est plus psychologique : beaucoup de professionnels ne connaissent pas les matériaux recyclés, c’est dont à nous d’accentuer les démarches après des prescripteurs, et de leur montrer tout ce que l’on peut faire avec ces matériaux, grâce à leurs qualités intrinsèques. Notre démarche est de dire qu’il vaut mieux déconstruire plutôt que démolir. Il n’y a plus rien de valorisable lorsque l’on démolit. Il y a une dizaine d’années, 80% du prix de la démolition concernaient la technique, et 20% la gestion des déchets. Aujourd’hui, c’est l’inverse : 80% du prix concernent la gestion des déchets. La technique de déconstruction, tout le monde l’a : il vaut donc mieux prendre une journée de plus pour déconstruire plutôt que de démolir, ne plus pouvoir trier et que tous les déchets passent finalement à l’enfouissement. Les déchets à enfouir coûtent environ 100 euros la tonne, alors que si l'on déconstruit en triant, on peut mettre 90% des déchets en centre de recyclage, pour un ou deux euros la tonne. Déconstruire est donc plus économique que démolir. Quels sont les matériaux les plus difficiles à recycler ? Alain Le Bihan : Dans nos centres, où nous produisons surtout des matériaux pour les routes, nous refusons le plâtre lorsqu’il est enduit sur des murs de béton, car il peut provoquer des phénomènes de gonflement du matériau fini. Utilisé sous un dallage béton par exemple, cela peut exploser. Les déchets de bois et plastique sont également difficiles à valoriser.

Batiactu : Observez-vous une prise de conscience pour la question du recyclage suite au Grenelle de l’environnement ?

Alain Le Bihan : Aujourd’hui, les clients utilisant les matériaux recyclés pour leurs chantiers voient principalement le côté économique, et aussi le côté technique, car ces matériaux ont des qualités intrinsèques. Ensuite, ils communiquent éventuellement autour de l’aspect écologique, la prise de conscience évolue un peu en ce sens. D’ailleurs, on observe de plus en plus la mention des matériaux recyclés dans les marchés publics, c’est une évolution. Il y a encore quelques années, ces matériaux étaient plutôt utilisés dans les chantiers privés, mais de plus en plus les marchés publics montrent l’exemple. Mais le facteur déclencheur reste l’économie. On trouve 2 à 3% de matériaux recyclés sur les chantiers en France. L’objectif est de passer à 10% d’ici à 2020 ou 2030, mais nous serons encore bien loin derrière certains pays européens comme les Pays-Bas et l’Allemagne, qui utilisent 90% de matériaux recyclés sur leurs chantiers. La France est un pays riche en matériaux, il y a donc le lobby des carriers. Mais on sait aussi qu’il est de plus en plus difficile d’ouvrir une carrière et de la garder en fonctionnement, car il existe un tas de contraintes environnementales. Cela ne peut que susciter l’utilisation de matériaux recyclés.


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