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Introduction à la sociologie-ouvrage de Philippe Mocellin DGS

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09/07/2022
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Fiche pratique n° 2113 / 2121

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sociologie-ouvrage-philippe-mocellin 1Emploi-collectivités a ouvert une tribune pour les DGS et Services RH afin de leur permettre de s'exprimer sur notre site pour partager leur expérience, leurs réflexions sur la vie des collectivités.

C'est avec un grand plaisir que nous recommandons le nouvel ouvrage 'Introduction à la sociologie' de Philippe Mocellin, DGS à la Mairie de Perpignan.

Extrait du ‘Le petit journal – pays catalan numéro 800 du mercredi 6 Juillet 2022"

Redécouvrir la sociologie...ou comment prendre ses distances avec les idéologies dominantes ?

Philippe MOCELLIN, Directeur Général des Services de la Ville de Perpignan, vient de publier, en juin 2022, aux éditions ELLIPSES, une Introduction à la Sociologie (auteurs - courants - méthodes - grands thèmes).

Qu’est-ce que la sociologie ?

En quoi cette science de l’homme peut-elle nous éclairer sur les normes sociales, les valeurs et les déviances de nos sociétés ?

Tels sont les questionnements au centre de cet ouvrage, s’adressant aux étudiants, à divers professionnels mais aussi à tout lecteur, désireux de mieux appréhender « les systèmes de pensée », ce « qui fait société » ainsi que la complexité de la nature humaine.

Présentation de l’ouvrage "Introduction à la Sociologie"

(auteurs - courants - méthodes - grands thèmes), ELLIPSES, 2022

Une première partie résume l’apport successif des « précurseurs » : de l’antiquité, au travers des pensées d’Aristote et des philosophes de la Grèce ancienne, au siècle des Lumières, illustré par l’œuvre majeure de Montesquieu.

Nous poursuivons le propos en faisant référence aux auteurs qui ont marqué leur empreinte sur une période allant : de la Révolution française à la génération apparu au tournant du XIXe et du XXe siècle.

Pami ces penseurs, ont été retenus, le positiviste et créateur de la sociologie, Auguste Comte, Karl Marx, porteur d’une sociologie « prophétique » ainsi qu’Emile Durkheim et Max Weber, tous deux, respectivement fondateurs d’un « école » sociologique particulière.sociologie-ouvrage-philippe-mocellin 2

Une seconde partie traite des liens spécifiques entre la sociologie et les autres sciences sociales, en accordant une attention plus particulière à l’égard des grands théoriciens de la sociologie politique, souvent confondue avec le champ couvert par la science politique.

La troisième partie est consacrée à la description des courants du XXe siècle : de l’Ecole de Chicago, tournée vers l’étude des phénomènes urbains à la sociologie critique de « l’individualisme méthodologique », portée par Raymond Boudon, en passant par les approches déterministes, défendues, en France, par Pierre Bourdieu, fournissant des modèles d’explications globaux et la sociologie « actionniste » incarnée, notamment, par Alain Touraine et axée sur les stratégies organisationnelles et les mouvements sociaux.

Enfin, la dernière partie procède à une revue des techniques d’investigation et aborde les grands thèmes de la sociologie du XXIe siècle, objet de débats et de controverses sociales et politiques : théorie du genre, démographie, vieillissement, violence, rôle de l’école, révolution numérique, identité...

Une place a été également faite à la santé et à lecture sociologique des conséquences de la pandémie de COVID-19, ayant contraint de confiner cinq milliards d’êtres humains.

Interview de l'auteur par Le petit journal – pays catalan 

En quoi cet opuscule donne envie de redécouvrir la sociologie et ses théories explicatives sur le fonctionnement de nos sociétés ?

Philippe MOCELLIN : Face à l’immensité des productions en ce domaine, la contribution se veut forcément modeste. Il s’est agi en 4 parties, déclinés en 10 chapitres, de revenir, dans un style accessible, sur les contours de cette discipline scientifique et son histoire.

Et de présenter ensuite les courants sociologiques contemporains, censés apporter des réponses aux problématiques sociétales qui nous préoccupent aujourd’hui.

Ce manuel d’introduction a pour ambition de faire redécouvrir l’objet même de la sociologie et de montrer en quoi celle-ci contribue à expliquer sur quels fondements reposent nos sociétés.

 Si les spécialistes convergent sur l’idée que la sociologie serait née au XIXe siècle, dans le prolongement des réflexions engagées aux époques précédentes, cette discipline cherche à combiner : analyses « réformistes » et recherches de terrain, en espérant se rapprocher du modèle des sciences exactes.

Dès lors, nous avons choisi d’insister auprès de nos lecteurs sur l’originalité de la démarche sociologique, fondée sur un projet de nature scientifique, à savoir la recherche de régularités, adossées à des statistiques, des enquêtes et des observations.
Plus précisément, la sociologie privilégie un angle d’analyse spécifique, centré sur l’étude des phénomènes sociaux, des actions humaines dans leur grande diversité et bien entendu, de l’ensemble des interactions sociales.

La sociologie prétend porter un regard singulier sur le social, différent de celui de la psychologie.

Le sociologue appréhende la manière de se comporter en société, d’abord en fonction de critères, en lien avec les appartenances sociales et culturelles des individus.

Notre détour par l’histoire nous a permis cependant de mettre en évidence des conceptions sociologiques différentes ou, en référence à un vocabulaire scientifique, une confrontation de « paradigmes ».

En effet, deux paradigmes sont identifiés, renvoyant à deux approches historiquement différenciées de la sociologie :

- entre celui qui considère que chacun de nous est d’abord façonné par les structures sociales qui nous dépassent et influencent nos comportements,

- et un autre qui insiste, tout au contraire, sur la liberté de choix des acteurs, pourvus d’une rationalité, même si limitée.

Pour autant et au-delà de ce clivage, soulignons que le déterminisme en sociologie n’exclut pas de reconnaître une part de liberté humaine. Il s’agit moins de rechercher des lois immuables que de repérer les marges d’incertitude.

Dès lors, l’enjeu de la sociologie est de rechercher des causalités, en tentant de circonscrire le poids de facteurs sociaux dans l’explication d’un phénomène social.

Dans quelle mesure, selon vous, cette science humaine peut réellement prendre ses distances avec les idéologies dominantes ?

Ph. M : C’est une question essentielle au regard même de l’objet de cette science humaine et de sa longue construction. Si à la lumière de ses objectifs et de ses méthodes, la sociologie est bien une science à part entière, elle est aussi fortement influencée par les aléas de la conjoncture politique et par les évolutions des modes de pensée.

Comme toute science, elle est d’abord le résultat d’une construction sociale et dont la définition peut varier en fonction des époques...

Dès lors, un danger guette la sociologie : celui d’être tentée, sciemment ou non, d’entretenir une confusion entre prise de position « militante » et savoir scientifique.

Toute l’histoire de la sociologie démontre combien cette science est dépendante de la capacité du sociologue à prendre ses distances vis-à-vis des idéologies dominantes.

 A l’heure des controverses autour des dérives de la « cancel culture » et du « wokisme », la sociologie se doit d’éviter deux écueils : sombrer, d’une part, dans le « sociologisme », en expliquant toute conduite humaine par le seul prisme des contraintes de la société et, d’autre part, devenir, au travers de la production scientifique, le relais complaisant de certains courants de pensée.

Il n’est pas question de nier la part de subjectivité qui subsiste dans le savoir sociologique mais au moins de faire preuve d’exigence.

Comme l’indique Michel Crozier, le sociologue ne peut pas se contenter d’être « le miroir de la société » et des idées ambiantes, il doit aussi « faire prendre conscience aux acteurs de leurs responsabilités ».

Il est à noter que tous les scientifiques, nous l’avons observé tout au long de la crise sanitaire, tâtonnent, tenant compte des turbulences, des inquiétudes et des incertitudes du moment...

Sciences humaines, sciences physiques, biologie, chimie et bien d’autres champs de connaissance ont un point commun : celui de raisonner à partir de « théories de nature probabiliste », en obéissant à « des lois de probabilités ».

Diriez-vous que la sociologie vous est utile dans l’exercice de vos missions de Directeur Dénéral des Services de la ville de Perpignan ?

Ph. M : Oui, je le crois vraiment. La sociologie nous renseigne sur les évolutions sociales en cours et peut apporter d’utiles conseils dans le domaine très large de la gestion des organisations.

Je suis convaincu de la nécessité de favoriser la collaboration entre les laboratoires de sciences humaines et les collectivités locales.

Nos administrations ont besoin d’élargir leur point de vue, enrichi par les connaissances issues du travail scientifique.

 De nombreux thèmes traités par la sociologie intéressent directement l’intervention publique territoriale, notamment les questions en rapport avec le monde du travail, les actions d’accompagnement social, la prévention de la délinquance ou les conséquences du vieillissement des populations....

Dans ces domaines, la sociologie pourrait aider à l’élaboration de politiques publiques locales, ouvrant ainsi, en phase avec les attentes sociales, de nouveaux champs d’expérimentation.

 Je demeure persuadé, pour l’avoir déjà pratiqué, de l’opportunité de faire appel aux sciences sociales dans l’animation d’exercices de prospective, en vue d’imaginer notre Ville de demain, en s’appuyant sur les forces vives locales.

 Plus encore, il conviendrait de mettre les sciences sociales à contribution dans la mise œuvre de processus d’évaluation de l’action publique.

Un terrain quasi vierge dans nos collectivités... et pourtant oh combien incontournable !


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